" Parfois, entre deux frères, la complicité est bien plus forte que tous les interdits du monde..."
" Peur et faim, un cocktail terrible dans le ventre..."
"Si les balles allemandes ou miliciennes ne nous avaient pas encore atteints, la solitude, elle, nous tuait à petit feu. Nous n'avions pas tous la vingtaine, à peine davantage pour les plus âgés d'entre nous, alors à défaut de remplir nos ventres, la présence des copains nous remplissait le coeur..."
"Mon frère a raison de sourire. Ce n'est pas la nuit du 14 Juillet, ni celle de la Saint-Jean. Nous sommes le 10 octobre 1943, mais demain, il manquera douze locos aux Allemands, c'est le plus beau des feux d'artifice auquel nous pouvions assiter..."
"Ce soir, je ne reviendrai pas, ne cesse-t-il de répéter, mais ce soir, les miliciens non plus ne rentreront pas chez eux. Alors, des tas de gens que nous ne connaissons pas auront gagné quelques mois de vie, quelques mois d'espoir, le temps que d'autres chiens viennent repeupler les terriers de la haine..."
" Au cinquième étage d'un immeuble, à Toulouse, une filette de dix ans regarde sa maman qui s'en va pour toujours. Elle sait bien qu'elle ne reviendra pas, son père le lui a dit ; les juifs qu'on emmène ne reviennent jamais, c'est pour cela qu'il ne fallait jamais se tromper quand elle donnait son nouveau nom..."
"Elle voudrait lui dire qu'elle l'aime et qu'elle l'aimera toujours, que de toutes les mamans elle était la meilleure du monde, qu'elle n'en aura pas d'autre. Parler est interdit, alors elle pense de toutes ses forces que tant d'amour doit forcément pouvoir traverser une vitre. Elle se dit que, dans la rue, sa maman entend les mots qu'elle murmure entre ses lèvres, même si elle les serre si fort..."
"Charles invente une histoire, une histoire où il n'y a pas d'enfants qui se battent pour la liberté, une histoire sans copains, sans personne à balancer..."
"C'est vraiment idiot, sur la lettre que m'avait écrite mon petit frère figurait mon adresse. Il lui aura juste manqué quelques morceaux de charbon pour la brûler. La vie ne tient qu'à ça..."
"Impossible de s'accoutumer aux barreaux de la prison, impossible de ne pas sursauter au bruit desportes qui se ferment sur les cellules, impossible d'endurer les tours de garde des matons. Tout cela est impossbile, quand on est épris de liberté. Comment trouver un sens à notre présence entre ces murs? Nous avons été arrêtés par des policiers français, nous comparaîtrons bientôt devant une cour martiale, et ceux qui nous fusilleront dans la cour, juste après, seront français eux aussi. S'il y a un sens à tout cela, alors je n'arrive pas à le trouver du fond de ma geôle..."
"C'est en le regardant muré dans son désespoir, ici même, au milieu de cet univers sordide, que j'ai pourtant vu l'une des plus justes beautés de notre monde : un homme peut se résoudre à l'idée de perdre sa vie, mais pas à l'absence de ceux qu'il aime..."
"Ici, nous sommes au fond du monde, dans un espace obscur et exigu ; un territoire où seule la maladie règne en maître. Mais au milieu de ce terrier infâme, au plus noir de l'abîme, réside encore une infime parcelle de lumière, elle est comme un murmure. Les Espagnols qui occupent les cellules voisines l'appellent parfois le soir en la chantant, ils l'ont baptisée Esperanza..."